Le Conseil d’État confirme la dissolution de BarakaCity

Le Figaro – jeudi 26 novembre 2020

Le Conseil d’État confirme la dissolution de BarakaCity

Les juges administratifs ont aussi reconnu valide la fermeture de la grande mosquée de Pantin, en raison de son salafisme.

Paule Gonzalès

Driss Sihamedi, le président de l’association BarakaCity, lors d’un salon en 2015.

JUSTICE Le juge des référés au Conseil d’État n’est pas seulement celui du respect des droits fondamentaux, il est aussi celui de l’évidence. Les minimisations byzantines de Driss Sihamedi, le président de l’association de BarakaCity, et les offuscations labyrinthiques de M’hammed Henniche, le recteur de la grande mosquée de Pantin, n’ont pas attendri les juges du Palais-Royal, qui ont rejeté les deux recours engagés contre la dissolution et la fermeture de l’ONG et du lieu de culte, respectivement prononcées les 19 et 28 octobre dernier, dans la foulée de l’assassinat de Samuel Paty.

Dans des considérants serrés et sans circonvolution, le Conseil d’État note que le très contesté Driss Sihamedi s’adresse « indifféremment à partir de ses comptes personnels ou de ceux l’association requérante » BarakaCity et que « l’intéressé est (…) reconnu (…) comme le principal dirigeant de cette association, dont aucun autre responsable ne paraît s’exprimer au nom de celle-ci ». Dès lors, ses prises de position, qu’il s’agisse « de l’attentat de Christchurch, glorifiant la mort en martyr , de l’attentat contre le journal “Charlie Hebdo” ou encore exposant à la vindicte publique, à la fin du mois de septembre 2020, des personnes nommément désignées en désaccord avec ses idées, incitent à la haine et à la violence ». D’autant, notent les magistrats, que « ces prises de position ont elles-mêmes suscité de nombreux commentaires antisémites, haineux, incitant à la violence et au meurtre », sans que l’association ne fasse « état d’aucune action récente visant à la suppression de ces commentaires ». De quoi justifier, selon les juges du Palais-Royal, la dissolution de BarakaCity.

« Fatwas salafistes » 

La main du juge n’a pas davantage tremblé concernant la mosquée de Pantin. M’Hammed Henniche, ami de tout le gotha politique, a, comme le note le considérant 10 de la décision, adhéré au « Collectif des musulmans de France », lire les « Frères musulmans », et tenu « en 2018, des propos incitant à retirer les enfants de l’école publique et s’opposant au retrait du Coran des versets violents ou antijuifs ». Cerise sur le gâteau, il a permis, sur le site de la mosquée de Pantin, la diffusion des messages qui ont conduit à la décapitation de Samuel Paty. Enfin, rappellent les magistrats, « M. Henniche est également secrétaire général de l’association Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93), qui regroupe 30 associations et 21 mosquées, dont il n’est pas contesté que 10 sont considérées comme sensibles ou proches de la mouvance salafiste et qui a été exclue, en septembre 2018, par le préfet du département, des assises territoriales de l’islam de France à la suite des propos homophobes et fustigeant l’éducation nationale ainsi que la laïcité. »

Le Conseil d’État reprend par ailleurs le triptyque nécessaire pour qualifier une mosquée de salafistes. Cette dernière accueille un imam « formé dans un institut fondamentaliste du Yémen » et reconnu comme « impliqué dans la mouvance islamiste radicale d’Île-de-France » tandis que sa « pratique radicale est établie par ailleurs par sa polygamie religieuse et ses choix éducatifs ». Ses prêches se retrouvent sur « un site internet qui diffuse des fatwas salafistes de cheikhs saoudiens ». Enfin, la décision révèle un fait peu connu, contenu dans le mémoire de l’instruction émanant du ministère de l’Intérieur : cette grande mosquée de Pantin, faisant le plein de familles de fidèles, « est devenue un lieu de rassemblement pour des individus appartenant à la mouvance islamique radicale dont certains n’habitent pas le département de Seine-Saint-Denis et ont été impliqués dans des projets d’actes terroristes. Le faible nombre de ces partisans d’un islamiste radical, identifiés comme tels, ne saurait constituer une circonstance atténuante compte tenu de l’influence dangereuse que de tels individus sont susceptibles d’exercer sur les autres fidèles », insiste le Conseil d’État, qui estime donc légitime la fermeture de ce lieu de culte.